jeudi 17 mai 2018

> Le poème du jeudi (#53)




Portrait imaginaire 3


Je ne sais pas poser les mains sur les touches
du piano, laisser les doigts enlacer l’émotion
puis la relâcher, je ne sais pas


Mettre le bémol sur une portée
donner le la d’une parfaite mélodie, ne sais pas
taper du pied, pas
battre l’exacte mesure, pas entrer
dans le cadre, garder le rythme
du cœur, dire voilà
c’est moi.

 /

Hélène Dorion, in Comme résonne la vie. Bruno Doucey, 2018.

jeudi 10 mai 2018

Le poème du jeudi (#52)


quelqu'un n'est plus là. Quelqu’un flotte le ventre gonflé d'eau, ses yeux s'effacent. Quelqu'un est un arbre abattu en plein sommeil. Quelqu'un vous empêche de respirer. Quelqu'un voudrait entendre une berceuse.

/

Gaspard Hons, in Petites Proses matinales. Rougerie. 2012.

jeudi 3 mai 2018

> Le poème du jeudi (#51)


Ce qui vient


Ce qui vient
effleurons-le du bout des yeux
pas plus pour le moment


continuons un peu à marcher
en lisière des choses
sur la pointe des pieds
à l'entour des prairies


un jour tu me raconteras le passé
celui qui a parlé
et parle
dans le froissement de ta corolle
soie diaphane et épines mêlées


dans la haie d'aubépines
tu viendras t'allonger
déposer ton repos
comme on lâche un sanglot


continuons à flâner
pas plus pour le moment

/

Isabelle Pellegrini-Alentour, (poème traduit du corse par Lucia Santucci) in Terres de femmes / Terre di done, 12 poètes corses. Anthologie bilingue coordonnée par Angèle Paoli. Editions des Lisières, 2017.

jeudi 26 avril 2018

> Le poème du jeudi (#50)




Oh homme
tu ne peux savoir combien
nous aimons saigner l’horizon
d’une bave de granit
Nous sommes courtisans
et l’horizon est la matrice béante
de l’abîme
que nous avons décapé
chaque jour
par le museau enveloppé
d’un fourreau de poussière
chevelure pâle de notre Suédoise
la route blême

/

Hawad, in Furigraphie (Poésies 1985-2015), Poésie Gallimard, 2017. Traduit du touareg (tamajaght) par Hélène Claudot-Hawad.

jeudi 19 avril 2018

> Le poème du jeudi (#49)



Penmarch
Visibilité 6 000
Mer belle.
Vents d'est nord ouest 8 nœuds.
Pression atmosphérique 1 033 millibars.

Quel plus beau poème?

/

Georges Perros, in Papiers collés 3, Gallimard, 1978.

jeudi 12 avril 2018

> Le poème du jeudi (#48)



silex taillant le vide
la peau
où tu es
peut-être un peu moins
seul
à présent que la lumière
vacille
avec toi


Maud Thiria, in Mesure au vide (encres de Jérôme Vinçon), Æncrages & Co, 2018.

jeudi 5 avril 2018

> Le poème du jeudi (#47)


L'aile de la mélancolie

Je suis trahi, je n'ai ni famille ni bien aimée
je vagabonde tel le brouillard qui part en fumée
telle une ville qui brûle dans la nuit
et la nostalgie mord mes épaules maigres
tel le joli vent et la poussière aveugle
la route est longue
et la forêt s'éloigne comme une lance,
tends-moi les bras ô ma mère,
qui es loin, vieille à la chemise grise
laisse-moi toucher ta ceinture ornée de coquillages
et sangloter entre tes vieux seins
pour toucher mon enfance et ma mélancolie.
Les larmes tombent
mon cœur étouffe comme des cloches de sang.
L'enfance me poursuit tel un fantôme
comme une traînée aux tresses défaites.


Muhammad Al-Maghut, in Poésie syrienne contemporaine, Le Castor astral, 2018. Traduit de l'arabe (Syrie) par Saleh Diab.